Le quadruple médaillé olympique Denny Morrison prend sa retraite du patinage de vitesse

Détenteur de plus de 90 médailles à l'international, Morrison est un des Canadiens les plus décorés en patinage de vitesse longue piste 

CALGARY, ALBERTA – À la suite d'une carrière de 16 ans en tant que membre de l'équipe canadienne de patinage de vitesse longue piste – durant laquelle il a remporté quatre médailles olympiques et réussi un des retours les plus remarquables de mémoire récente – Denny Morrison est prêt à annoncer qu'il accroche officiellement ses patins.

L'athlète de 34 ans originaire de Fort St. John, C.-B., prendra sa retraite à titre d'un des athlètes amateurs les plus décorés et les plus inspirants de sa génération. Morrison partage le record pour le plus grand nombre de médailles olympiques chez les patineurs longue piste canadiens du côté masculin, avec le légendaire Gaétan Boucher.

Patinage de vitesse Canada rendra hommage à Morrison à l'Anneau olympique, samedi le 8 février, dans le cadre de la Coupe du monde de l'ISU qui aura lieu en fin de semaine à Calgary. 

Un héritage olympique

À Turin 2006, alors qu'il avait 20 ans, il a remporté une médaille d'argent en tant que membre de la formation de poursuite par équipes qui regroupait aussi Arne Dankers, Steven Elm, Jason Parker et Justin Warsylewicz. Quatre ans plus tard, il a mis la main sur la médaille d'or en poursuite par équipes en sol canadien à Vancouver 2010, avec ses coéquipiers Mathieu Giroux et Lucas Makowsky.

Morrison a aussi décroché deux médailles individuelles à Sotchi 2014 – l'argent au 1000m et le bronze au 1500m.

L'histoire d'esprit sportif qui a mené à sa médaille au 1000m a fait les manchettes à l'échelle internationale et a fait en sorte que son coéquipier Gilmore Junio se retrouve sous les feux de la rampe. Junio a pris la généreuse décision de laisser sa place dans la course à Morrison – qui n'avait pas réussi à se qualifier dans cette distance en raison d'une chute survenue à l'occasion des sélections olympiques – parce qu'il avait le sentiment que c'était ce qui allait le mieux servir l'équipe. C'est là une décision qui a porté ses fruits pour le Canada puisque le vétéran y est allé d'une course quasi sans faille en route vers une médaille.

Une détermination sans égale 

Le retour inspirant de Morrison sur la scène olympique à PyeongChang 2018, après qu'il eut connu deux graves contretemps – un accident de moto et un AVC – a été rien de moins qu'incroyable. Même s'il n'a pas accédé au podium à ses quatrièmes et derniers Jeux, le simple fait de s'être qualifié représente une de ses plus grandes réalisations.

Au mois de mai 2015, Morrison a été impliqué dans un grave accident de moto. Il a alors subi une commotion cérébrale, une déchirure du ligament croisé antérieur au genou, une perforation du poumon, des contusions au foie et aux reins, ainsi qu'une légère fracture à un os se trouvant près de sa colonne vertébrale. Il est revenu à la compétition en mars 2016, après presqu'un an de réadaptation ; son retour a toutefois été de courte durée.

Un mois après son retour, Morrison a subi un AVC pendant qu'il faisait une excursion de vélo de montagne d'une durée de 25 jours aux États-Unis. Il a subi une chirurgie afin que deux endoprothèses soient placées dans son cou en juin 2016 et il a recommencé à disputer des courses trois mois plus tard, résolu à non seulement recommencer à faire du patinage de vitesse de compétition, mais à se qualifier pour les Jeux olympiques d'hiver de 2018.

Grâce à son travail acharné et à sa persévérance, Morrison a déjoué les pronostics et obtenu son billet pour la Corée du Sud aux sélections de l'équipe olympique canadienne en janvier 2018. Aux Jeux de PyeongChang, il a fini 13e dans le 1500m et septième en tant que membre d'une formation de poursuite par équipes, avec Jordan Belchos et Ted-Jan Bloemen.

Une brillante carrière

Morrisona été un modèle de constance au fil de sa carrière à l'échelle internationale. Il a fait ses débuts sur le circuit de la Coupe du monde en 2003 et il allait ensuite remporter un impressionnant total de 69 médailles, dont 22 d'or, 29 d'argent et 18 de bronze. Quinze de ses médailles de la Coupe du monde ont été décrochées en poursuite par équipes.

Morrisona par ailleurs raflé 11 médailles (2 d'or, 6 d'argent, 3 de bronze) aux Championnats du monde de distances individuelles, alors qu'il a été couronné champion du monde du 1500m en 2008 et 2012. Il a obtenu sept autres médailles (3 d'or, 3 d'argent, 1 de bronze) aux Championnats du monde toutes distances, son meilleur résultat au classement général à cette compétition étant la cinquième place (2006 et 2009).

Même s'il n'a jamais remporté de médaille aux Championnats du monde de sprint, il a réussi à atteindre le top-10 du classement général à quatre reprises, terminant notamment cinquième en 2009.

Lauréat de plusieurs prix et trophées au cours de sa carrière, Morrison a été proclamé huit fois Athlète masculin de l'année en longue piste par Patinage de vitesse Canada (2015, 2014, 2012, 2010-2006), soit une fois de moins que Jeremy Wotherspoon (9), qui a désormais prêté son nom à ce prix annuel.

Morrison est encore le détenteur du record canadien du1500m (1:42,01), lui qui a enregistré ce temps en 2008 à Calgary, et en poursuite par équipes (3:36,44), qu'il a établi à Salt Lake City en 2017 aux côtés deTed-Jan Bloemen et Ben Donnelly.

CITATIONS

« Travailler aux côtés de Denny ces huit dernières années a été un honneur. Ç'a été un plaisir de le voir connaître du succès sur la glace, notamment quand il a accédé au podium aux Jeux de Sotchi, et de le voir gagner en maturité au point de devenir une personne extraordinaire en dehors de la glace. Denny composait extraordinairement bien avec les défis reliés à sasanté après les Championnats du monde de distances individuelles en 2015 et il a poursuivi son incroyable retour à la forme de niveau olympique à temps pour PyeongChang 2018. Durant tout ce parcours, il a fait preuve d'une formidable détermination et persévérance devant les épreuves, et ce sont là des qualités qui lui seront utiles en vue de la prochaine étape de sa vie. » – Bart Schouten

QUELQUES RÉFLEXIONS DE DENNY SUR SA RETRAITE

Il y a eu cette chute en plein visage pendant la Coupe du monde chez moi à Calgary, puis ce moment où je me suis relevé trois mois plus tard pour l'emporter aux Championnats du monde, et ensuite ce retour aux temps les plus rapides dans l'histoire du patinage de vitesse après avoir subi des épreuves qui ont menacé ma vie et considérablement modifié ma façon de voir la vie : on se souviendra de ma longue carrière peut-être pour la résilience dont j'ai fait preuve devant une adversité qui était à son summum. Mais moi, ce dont je me souviendrai le plus, ce sont les gens qui m'ont donné la chance de prouver que tout cela pouvait bel et bien arriver : les bénévoles et les entraîneurs.

Durant le temps que j'ai passé dans l'équipe nationale, Marcel et Bart ont chacun dû gérer mon cas pendant huit ans. Ils m'ont donné la motivation, m'ont offert leur expertise et leurs conseils alors que j'étais un jeune homme bien trop compétitif, et l'impact qu'ils ont eu sur moi m'a façonné à jamais. Mais tout a commencé avec les entraîneurs bénévoles à Chetwynd et Fort St. John, qui m'ont amené à pratiquer ce sport et m'ont incité à poursuivre mes rêves. Ce sont des gens qui continuent de faire la même chose, et plus encore, pour tellement de jeunes gens qui ont la chance de vivre et de réussir des choses qu'ils n'auraient pu autrement n'eut été de ce parent, de cet enfant devenu grand qui faisait du patinage de vitesse avant, mais qui a continué par la suite à offrir de son temps et de son énergie au profit de ce sport incroyablement enivrant.

En tant que juge d'arrivée et de préposé au chronomètre de niveau 5, respectivement, ma mère et mon père ont fait partie de cette communauté de bénévoles encore plus longtemps qu'a duré ma carrière de patineur de vitesse. Ils ont été là pour me frotter le dos et les jambes quand mes muscles endoloris et ma capacité mentale à composer avec l'anxiété de la compétition étaient encore à bâtir, me gardant éveillé la nuit quand j'étais enfant. Ma famille m'a soutenu à toutes les étapes menant jusqu'à quatre participations aux Jeux olympiques, du début à la fin sans oublier tout ce qu'il y a eu entre les deux. J'ai pourchassé mon frère aîné et ma sœur autour de la piste tous ces matins frisquets et sombres à FSJ, de même que les jours où il fallait pelleter la neige de la surface extérieure avant se s'entraîner toutes ces soirées froides et sombres à FSJ ; mais la neige qui tombait tranquillement sous les lampadaires qui éclairaient notre passage demeure un des mes souvenirs préférés à titre de patineur de vitesse.

En grandissant à FSJ, avec le soutien positif que me donnait mon entourage, j'ai reçu tous les outils dont j'avais besoin pour devenir l'athlète résilient et infatigable qui me caractérise aujourd'hui. Le fait d'être capable de reconnaître la beauté et le privilège d'être dans ce type demoment présent, même dans les instants les plus éprouvants, s'est traduit par une carrière dans l'équipe nationale en forme de diamants. Les diamants viennent sous toutes les formes et toutes les tailles et ilsse forment ensemble parce qu'ils subissent une pression d'une force comme on n'en voit nulle part ailleurs sur la planète. Les diamants ont des buts clairs, ils sont plus durs que la pierre et ils sont tranchants le jour de la course. Mais, nous les diamants avons reconnu qu'il a fallu des milliers d'heures de découpage sans relâche, d'affûtage et de polissage pour parvenir à donner ces performances parfaites et brillantes le jour de la course. Démissionner provoque des imperfections irréparables sur tout diamant, et donner des excuses les font craquer. Cela dit, les diamants représentent tout le monde dans mon équipe de 2010 à 2014 et, qui plus est, ils représentent tout ce que j'aimais du patinage de vitesse. Nous avons eu des moments absolument incroyables ensemble et bien que plusieurs d'entre nous soient partis dans différentes directions, je vous tiens tous en haute estime. 

Ensuite, il y a les coéquipiers avec qui j'ai passé plus de temps sur des podiums que n'importe qui d'autre. C'est-à-dire Shani Davis, Lucas Makowski et Mathieu Giroux. Mon frère m'a amené avec lui dans l'équipe nationale, puis Shani Davis m'a catapulté jusqu'au sommet. À la suite de résultats individuels décevants aux Jeux olympiques de 2010, j'ai songé à accrocher mes patins, mais en raison de l'inspiration que Marcel m'a donnée et de tout le travail que Mat et Lucas ont fait, on a réussi à me tirer du caniveau. C'est grâce à ces gars-là que je peux aujourd'hui m'appeler un champion olympique, et je ne leur ai jamais suffisamment fait part de ma gratitude, mais j'ai continué d'adorer notre histoire, celle où un gars de la Colombie-Britannique, un gars de la Saskatchewan et un autre du Québec ont été réunis et ontpu réussir quelque chose de vraiment formidable pour tout le Canada. C'est vraiment remarquable tout ce qu'on peut accomplir quand nous travaillons tous ensemble. Avec le recul, n'eut été de mes défaillances individuelles à Vancouver, je ne sais pas si j'aurais appris aussi directement cette profonde leçon sur l'importance des coéquipiers et du travail d'équipe, et si je l'aurais appris à temps pour devenir cette personne et ce coéquipier que je devais devenir pour permettre aux événements qui ont suivi en 2014 de se manifester. Si je n'étais pas devenu une meilleure personne et un meilleur coéquipier, je n'aurais peut-être jamais réussi à atteindre mes buts individuels… pensez-y instant.

De plus, il y a un nombre ridicule de médecins et thérapeutes à remercier, eux qui, encore et encore, m'ont remis en un seul morceau au fil de ma carrière, et j'espère que je leur ai signifié ma reconnaissance pour le travail acharné qu'ils ont fait pour moi, tout au long de ma récupération ainsi que de mon retour à la compétition et à la vie. Ce sera dorénavant mon but de jouer un rôle de soutien de ce genre pour d'autres à l'avenir. J'étudie présentement à l'Université de Calgary et je vais présenter ma candidature à un certain nombre de facultés de médecine un peu partout au Canada après avoir complété l'examen d'admission en médecine cet été et terminé mon baccalauréat ès sciences de premier cycle l'année suivante. 

Merci à tout le monde au Canada qui m'a encouragé dans le passé, ou qui a tout simplement entendu parler de moi durant ma carrière ! Ç'a été un privilège absolu.

- Denny Morrison